Des directeurs scientifiques des IRSC discutent des avancées dans la recherche sur l’Alzheimer

Janvier est le Mois de la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer au Canada. C’est le temps de reconnaître l’incidence de la maladie d’Alzheimer et des autres maladies neurodégénératives sur les Canadiens et Canadiennes et leurs familles. C’est aussi le moment de souligner le travail des chercheurs financés dans le cadre de la Stratégie de recherche sur la démence des IRSC.

Ces chercheurs s’emploient à approfondir nos connaissances sur la maladie d’Alzheimer et à trouver des façons de la prévenir, de la diagnostiquer et de ralentir son évolution. Ils contribuent aussi à l’effort mondial déployé pour découvrir et mettre au point des médicaments modificateurs de la maladie efficaces contre l’Alzheimer et d’autres formes de démence.

Des directeurs scientifiques des IRSC – les Drs Yves Joanette, Cara Tannenbaum, Carrie Bourassa et Samuel Weiss – se sont réunis récemment pour discuter de questions concernant la recherche sur la maladie d’Alzheimer. Ils ont aussi parlé des efforts à déployer pour que ces recherches se traduisent par des stratégies de prévention et une meilleure qualité de vie pour les Canadiens et Canadiennes atteints de la maladie d’Alzheimer et leurs familles.

Dr Yves Joanette, directeur scientifique, Institut du vieillissement des IRSC

Pouvez-vous nous parler des progrès réalisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer et de la démence ainsi que dans la recherche sur le cerveau en général? Quelles sont les dernières informations tirées des projets de recherche qui aideront les Canadiens et Canadiennes âgés à bien vieillir?

Dr Joanette :

Le mois de la sensibilisation à la démence est appelé « Mois de la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer » parce que la maladie d’Alzheimer représente plus de la moitié de tous les cas de démence.

Il y a énormément d’études en cours dans ce domaine, mais il n’existe encore aucun traitement. C’est pourquoi il faut favoriser la collaboration entre tous les chercheurs, comme le fait le Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement (CCNV) appuyé par les IRSC.

Les travaux de recherche doivent être équilibrés et miser sur des façons :

  • de diminuer le risque de maladie du cerveau causant une démence ou de retarder les signes cliniques;
  • d’arrêter ou de ralentir l’évolution de la maladie lorsqu’elle est présente;
  • d’offrir une qualité de vie aux personnes atteintes de démence et à leurs soignants.

Prendre soin de sa santé (alimentation, exercice, etc.) est aussi bon pour le cerveau et protège contre les maladies du cerveau.

On peut aussi retarder l’apparition des signes cliniques en renforçant ses capacités cognitives par des activités et exercices mentaux variés, notamment en passant d’une langue à une autre... une activité naturelle à Ottawa!

Dre Cara Tannenbaum, directrice scientifique, Institut de la santé des femmes et des hommes des IRSC

Est-ce vrai que l’âge demeure le plus grand facteur de risque dans le cas de la maladie d’Alzheimer? Y a-t-il d’autres éléments biologiques pointant vers un risque accru de maladie d’Alzheimer?

Dre Tannenbaum :

Comme pour bien d’autres problèmes de santé et sociaux, la probabilité de recevoir un diagnostic de démence au cours de sa vie n’est pas la même pour les deux sexes.

Les femmes sont deux fois plus susceptibles que les hommes d’être atteintes de démence et représentent 70 % de tous les cas dans le monde. Pourtant, leur longévité supérieure ne suffit pas à expliquer cette différence.

Les hormones sexuelles et l’hormonothérapie substitutive pourraient y jouer un rôle. Pendant les années 1980 et 1990, l’hormonothérapie substitutive était largement prescrite aux femmes en périménopause ou ménopausées avant qu’on ne découvre qu’elle augmentait le risque de démence, soit exactement le contraire de ce à quoi on s’attendait.

Les femmes pourraient aussi être plus vulnérables que les hommes aux événements stressants récurrents de la vie. Les hormones du stress affectent le cerveau féminin différemment au fil du temps, ce qui pourrait entraîner une détérioration de la mémoire, une inflammation, des lésions et une dégénérescence plus importantes.

Heureusement, nous comprenons maintenant mieux comment optimiser la santé du cerveau pour retarder l’apparition de la démence.

Dre Carrie Bourassa, directrice scientifique, Institut de la santé des Autochtones des IRSC

Améliorer la qualité de vie et la santé des Canadiens et Canadiennes âgés en comprenant, en prenant en charge ou en prévenant les conséquences d’une vaste gamme de facteurs liés au vieillissement figure parmi les principales préoccupations de nos jours, en particulier pour les communautés autochtones et du Nord. Pouvez-vous faire état des avancées actuelles qui auront des retombées concrètes sur l’amélioration de la santé des Autochtones vieillissants?

Dre Bourassa :

Les populations autochtones du Canada vieillissent rapidement et sont aux prises avec une augmentation du nombre de personnes ayant une incapacité ou une maladie chronique.

Malheureusement, selon de récentes données, plus de la moitié des Autochtones de 65 ans et plus affirment que leur autonomie est limitée et qu’il en est de même de leur capacité d’accès à des soins de santé adaptés à leurs besoins culturels.

Les IRSC financent actuellement des projets communautaires de collaboration en recherche qui contribueront à cerner les besoins des aînés autochtones et à mettre au point des interventions culturellement appropriées pour s’attaquer aux problèmes de santé et aux obstacles à l’obtention des soins pour les aînés.

Par exemple, le projet WISE CARE mené par la Dre Janet McElhaney et son équipe à l’Institut de recherches d’Horizon Santé-Nord (HSN) à Sudbury mise sur un partenariat avec les communautés des Premières Nations du Nord de l’Ontario et de la Saskatchewan afin :

  • de cerner les besoins des aînés autochtones atteints de plusieurs maladies;
  • de mettre au point et d’adapter des interventions pour s’attaquer aux problèmes de santé et aux obstacles à l’obtention des soins pour les aînés;
  • d’évaluer l’efficacité des interventions propres aux communautés.
Dr Samuel Weiss, directeur scientifique, Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies des IRSC

Nous savons que les traitements existants contre la maladie d’Alzheimer ne font qu’atténuer temporairement les symptômes de perte de mémoire et d’altération du raisonnement. Nous entendons parler d’études émergentes sur la reconnaissance et la thérapie géniques, qui pourraient être l’avenue la plus prometteuse pour trouver des traitements. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que signifient pour nous ces récentes percées en science du cerveau et sur les autres avenues prometteuses?

Dr Weiss :

Malgré les nombreux travaux de recherche effectués dans le monde, les traitements efficaces contre la maladie d’Alzheimer demeurent hors de portée.

À ce jour, les traitements médicamenteux n’ont débouché sur aucun résultat clinique concluant, ce qui pousse les chercheurs à envisager d’autres traitements. Les études émergentes portent en particulier sur des techniques non effractives guidées par l’image qui font appel à des ondes magnétiques ou à des ultrasons ciblant le cerveau et visant à prévenir la détérioration cognitive associée à l’âge.

Ces traitements font actuellement l’objet de tests visant à déterminer leur capacité à améliorer les habiletés cognitives des patients atteints de la maladie de Parkinson. Ils pourraient s’avérer une option thérapeutique pour les patients atteints d’une autre maladie neurodégénérative, comme la maladie d’Alzheimer, ou d’une démence apparentée.

Liens connexes

Stratégie de recherche sur la démence des IRSC

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